L’invitée Maria Pelletier : « Il faut en finir avec les perturbateurs endocriniens ! »

Présidente de Générations futures

Dans un contexte électoral propice à faire passer les bons messages, l’association Générations Futures a frappé un grand coup en publiant les analyses de contaminants chimiques dans les cheveux de plusieurs personnalités.
maria pelletier un plus bio

Maria Pelletier : « Les lobbys sont toujours à l’œuvre. »

Il y a moins d’un mois, vous avez publié les résultats d’une nouvelle enquête baptisée Exppert 9 sur l’analyse de mèches de cheveux de sept personnalités du monde de l’écologie. Qu’en retirez-vous ?

En effet, Yann Arthus-Bertrand, Isabelle Autissier, Delphine Batho, José Bové, Nicolas Hulot, Yannick Jadot et Mare-Monique Robin ont bien voulu nous remettre une mèche de cheveux que nous avons fait analyser par un laboratoire indépendant. L’idée était de dresser le constat sur la réalité de l’exposition quotidienne des citoyens aux perturbateurs endocriniens. Deux cents substances suspectées de perturber le système endocrinien ont été passées au crible, dont 150 pesticides, des PCBs, des phtalates et des bisphénols. Les résultats sont sans appel : tous les témoins de l’enquête étaient contaminés par chacune de ces familles de substances, en quantité plus ou moins importante. Par exemple on a trouvé 50 traces de perturbateurs chez Yann Arthus-Bertrand, 36 chez Delphine Batho et le record de 68 molécules chez Isabelle Autissier !

Au-delà du retentissement médiatique, quel effet a ce genre de campagne sur les décisions au sommet, notamment au niveau de la Commission européenne ?

La bataille des idées est fondamentale quand on lutte contre l’influence des firmes internationales. Cette enquête, au côté d’autres actions que mènent de plus en plus d’ONG en France et en Europe, aide à contraindre la Commission européenne à renoncer à trouver une nouvelle fois une majorité pour sa proposition de définition de critères visant à affaiblir certaines dispositions sur les perturbateurs endocriniens. Une majorité d’États membres dont la France rejette la proposition actuelle. Le combat est loin d’être gagné. Car la question de fond est de savoir quel interlocuteur la Commission souhaite vraiment écouter avant de donner ses autorisations : les seuls lobbys ou l’ensemble de la société civile ?

Ces perturbateurs endocriniens se sont invités dans la campagne présidentielle. Benoît Hamon en fait même un combat prioritaire. Votre message commence à passer ?

Benoît Hamon est certes actif sur le sujet mais il n’est pas le seul. Le 8 février dernier, le Synabio dont je suis une administratrice et la Fnab ont interpellé tous les candidats en les invitant à signer le « pacte pour une agriculture et une alimentation d’intérêt général ». Chaque candidat a envoyé au moins un représentant et tous ou presque ont souscrit à la démarche ou signé le pacte. J’observe juste du flou du côté des Républicains et de son candidat dont la vision penche toujours pour un modèle d’agriculture intensive qui met l’écologie entre parenthèses…

« C’est l’accumulation des contaminants mêlés à divers adjuvants qui est la plus dangereuse. »

Et que dire de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) qui vient de déclarer qu’un produit comme le glyphosate n’est pas cancérigène ?

Les lobbys sont toujours à l’œuvre, cela pour parvenir à maintenir l’emploi du désherbant chimique phare de Monsanto dont des millions d’agriculteurs sont malheureusement devenus dépendants. Cet avis est contraire à la position qu’avait prise en 2015 le Centre international de recherche contre le cancer (Circ). Le problème avec ce nouveau type d’analyse, c’est que l’agence européenne ne considère jamais l’effet cocktail des formulations chimiques, elle ne s’attache qu’à l’étude de la molécule en question. Or on sait bien que c’est l’accumulation des contaminants mêlés à divers adjuvants qui est la plus dangereuse.

Comment expliquez-vous l’écart entre d’un côté la mobilisation citoyenne ou militante et, de l’autre, le temps de réaction toujours long de la sphère politique ?

C’est vrai, on a l’impression que le but du système en place est d’aller droit dans le mur le plus vite possible. Pourtant, notre époque démontre suffisamment les dangers qui nous guettent et dont les victimes sont toujours plus nombreuses. En témoigne le dernier rapport de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) : chaque année, les pollutions environnementales entraînent le décès de 1,7 million d’enfants de moins de 5 ans. C’est inadmissible ! Dans la même veine, la rapporteuse spéciale sur le droit à l’alimentation de l’ONU, Hilal Elver, vient de tirer la sonnette d’alarme sur les méfaits écologiques, sanitaires et sociaux de l’agriculture intensive en général et des pesticides en particulier dans un rapport accablant. Bref, plus que jamais, la veille d’une association comme Générations futures reste primordiale, des personnes très précieuses comme François Veillerette et Nadine Lauverjat sont à l’affût des moindres évolutions réglementaires et sanitaires. Heureusement tout n’est pas noir, certaines luttes finissent par payer. Regardez par exemple le zéro-phyto porté par le sénateur Joël Labbé dans la loi de transition énergétique pour la croissance verte : depuis le 1er janvier 2017, l’utilisation des pesticides de synthèse dans l’ensemble des collectivités publiques est interdit. C’est un grand pas.

La fiche technique d’Un Plus Bio : réduire le gaspillage, c’est (presque) facile !

Fiche technique gaspillage 1 Un Plus BioLa lutte contre le gaspillage alimentaire a le vent en poupe depuis quelques années, et spécialement en restauration collective où les restes pèsent entre 150 et 200 g par personne. D’ici 2025 un plan national entend réduire par deux les quantités de denrées non consommés ou produites en trop grande quantité. Un objectif déjà souvent atteint chez de nombreux adhérents d’Un Plus Bio qui s’affranchissent aussi, en partie, de certaines recommandations de grammages du GEMRCN.

Zéro phyto, 100% bio, le film en avant-première

Guillaume Bodin, le réalisateur, aux Victoires des cantines rebelles à Paris en novembre 2016.

Guillaume Bodin, le réalisateur, aux Victoires des cantines rebelles à Paris en novembre 2016.

Le réalisateur Guillaume Bodin est encore en train d’étalonner les derniers rushes de son film pour la version finale dont la sortie nationale est prévue le 8 novembre 2017 mais d’ores et déjà, des dizaines d’avant-premières sont prévues dans toute la France pour découvrir « Zéro-phyto, 100% bio ».
Dans ce film documentaire, l’ancien ouvrier viticole de Saône-et-Loire, passé derrière la caméra pour témoigner contre l’emploi des produits toxiques qui se disséminent dans les champs et polluent l’atmosphère, fait le tour des initiatives de ces collectivités qui participent à changer le monde. Deux piliers dans le film : la fin de l’usage des pesticides dans les espaces publics, bien avant la loi Labbé qui les a bannis en janvier 2017, et la rencontre des pionniers des cantines bio : Miramas, Mouans-Sartoux, Paris, Langouët, Barjac… beaucoup sont membres du Club des Territoires Un Plus Bio et quelques séquences sont issues des victoires des cantines rebelles.

Plus de 50 rendez-vous sont programmés dans les cinémas, la projection est suivie à chaque fois d’un débat en présence (sauf contrainte) du réalisateur et d’un acteur local ou national engagé dans le même combat. Pour Un Plus Bio, ce sera à Nîmes, cinéma le Sémaphore le 28 mars.

Zéro Phyto 100% Bio – Le film from Dahu Production on Vimeo.

Retrouvez ici toutes les projections en France.

6 et 7 avril : La Bio dans les étoiles… et dans le potager

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Comme chaque année, de nombreux invités très précieux.

Cours d’écoles, toits d’immeubles, balcons, potagers de restaurants, terrains vagues, parkings d’entreprise… Une révolution potagère a-t-elle lieu ? Et si oui, que renseigne-t-elle sur l’évolution de notre société? Autant de questions auxquelles souhaite répondre la nouvelle édition de la Bio dans les Étoiles, organisée les 6 et 7 avril au théâtre d’Annonay en Ardèche par la fondation Ekibio. Parmi les invités cette année : Rob Hopkins (Villes en Transition, film « Demain »), Olivier Roellinger (chef étoilé, Le Coquillage), Perrine Hervé-Gruyer (Ferme du Bec Hellouin), Marc Dufumier (professeur émérite à AgroParisTech), Marie Arnould (Terre Vivante, Les 4 saisons du jardin bio), Philippe Desbrosses, Jacques Caplat, Jean Guy Henckel (Jardins de Cocagne)…
Au programme dès le jeudi 6, la projection du film Le potager de mon grand-père de Martin Esposito, ou l’expérience vécue d’un petit-fils auprès de son papi éprouvé par la mort de son épouse et dont une partie de la rédemption passe la remise en état du potager familial. Le 7 avril, c’est la grande journée. Un Plus Bio aura un stand tenu par ses adhérents dont le Parc Naturel du Vercors.
> Toutes les infos et réservations ici.

Bio à la cantine : Un Plus Bio interpelle les candidats à la présidentielle

Je découvreLes élections se prêtent toujours à enrichir le débat public et alerter l’opinion sur les sujets de société majeurs. Pour apporter sa pierre à la promotion de la qualité alimentaire et du bio en restauration collective en France, Un Plus Bio a décidé d’envoyer un questionnaire détaillé à chaque candidat à la présidentielle. Certains d’entre eux se sont déjà prononcés sur le bio à la cantine, ont parfois avancé des chiffres flatteurs à atteindre, d’autres n’ont pas encore pris position. Un Plus Bio souhaite donc en savoir un peu plus sur les intentions et, surtout, sur la manière de parvenir -ou pas- aux objectifs affichés. Ces questionnaires seront envoyés avec un exemplaire du manifeste « Quand les cantines se rebellent » de Julien Claudel et Stéphane Veyrat dont la deuxième édition vient tout juste de sortir.

> Rendez-vous le mois prochain pour la publication des réponses qui nous seront parvenues.

Ils bâtissent des écoles et des cantines écologiques

Manger bio, local, sain et juste, c’est bien. Mais manger dans des endroits conviviaux où on respire bien, où les nuisances sonores sont limitées et où le chauffage provient des calories envoyées par le soleil ou l’activité humaine, c’est carrément bio-cohérent. Deux exemples significatifs au sein du Club des Territoires Un Plus Bio, en Seine-Saint-Denis et dans les Alpes-Maritimes.
Un bâtiment de 850 m² construit en bois et paille, rare en région parisienne.

Un bâtiment de 850 m² construit en bois et paille à Épinay-sur-Seine (93).

La nouvelle école maternelle Victor-Schoelcher d’Épinay-sur-Seine (ici en vidéo), 850 m², est une construction labellisée « bâtiment passif » qui répond aux enjeux écologiques en accord avec l’Agenda 21 de la Ville. C’est le quatrième bâtiment du genre en Île-de-France, selon les élus.

epinay 2Les architectes ont travaillé sur une conception bioclimatique, avec une façade orientée au sud pour capter le maximum de chaleur, une isolation adaptée, avec des murs composés de ballots de paille et de panneaux en fibres de bois ainsi que des fenêtres à triple vitrage feuilleté au nord. Enfin la toiture a été végétalisée (plantes grasses, lichens et prairie fleurie) pour absorber l’eau de pluie, protéger l’étanchéité de la toiture, améliorer l’isolation thermique et favoriser la biodiversité en ville.

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Manger sainement (35 % de bio en 2017) et dans un espace tranquille, c’est important.

Pour le chauffage, pas de surconsommation : une chaudière équivalente à celle d’un pavillon suffit, avec un système de renouvellement d’air à double flux pour assurer une qualité d’air optimale. Qui dit mieux ?

Autre projet en cours d’achèvement, le complexe Plantier à Châteauneuf-Grasse (06). Pour le maire Emmanuel Delmotte il s’agit d’ « un nouvel espace de 1000 m², découpé au rez-de-chaussée en une grande salle de restauration et une cuisine sur 500 m². À l’étage, une grande salle de sports qui profitera aux associations locales. C’est un bâtiment passif qui, vu du sous-sol, est un festival de tuyaux qui fait penser au centre Beaubourg ! Il s’y joue une subtile circulation des énergies et des fluides où on récupère toutes les calories possibles issues de l’activité humaine ». Récupération de la chaleur à tous les étages : les calories produites par les compresseurs des frigos mais aussi celles qui proviennent de l’eau d’évacuation des siphons de douches, voire des condensats du lave-vaisselle en cuisine. Le reste de l’énergie est produit par une centrale de co-génération au gaz, qui permet de consommer l’électricité in situ sans recourir au réseau classique. Le rez-de-chaussée du bâtiment est semi-enterré et l’isolation de l’étage posée sur la façade extérieure.

Cuisine et restaurant scolaire au rez-de-chaussée, complexe sportif pour les associations à l'étage.

Cuisine et restaurant scolaire au rez-de-chaussée, complexe sportif pour les associations à l’étage.

L’inertie du bâtiment réside dans le béton de construction, matériau moins écologique mais qui assure des températures stables, enfin la toiture est végétalisée, avec recours possible à l’eau du bassin de rétention si besoin d’irriguer. Le chantier a pris un peu de retard mais le bâtiment, un investissement audacieux de 3,2 millions d’euros, sera entièrement livré cet été et inauguré à la rentrée prochaine.

Un nouveau pain 100% bio et local pour les 30 000 élèves de Toulouse

pain toulouseDepuis le 20 février, les cantines de Toulouse ont droit à 7 000 baguettes issues de quatre boulangers situés dans l’agglomération : les Boulangers Toulousains, la Maie de Saint-Genies, Marie Boulange et la SARL La Gloire. Jusqu’alors, un seul fournisseur (Marie Boulange) préparait le pain, mais parce qu’il était livré trop tôt et rangé en chambre froide jusqu’au service, la qualité gustative n’était pas au rendez-vous. La mairie a donc repensé le circuit de fabrication et de distribution. Selon le collectif Qualité cantines Toulouse, dont la présidente Christine Chabanette salue la qualité nouvelle et est allée visiter une des boulangeries, « en effet on le voit, tout au long du processus, la pâte conserve son volume, ses alvéoles, sa souplesse. Bref, elle n’est pas stressée. Après la slow-food, voici la slow-boulangerie ! »

Formation « construire un projet alimentaire » à Quiberon

Un Plus Bio organise les 9 et 10 mai 2017 à Saint-Pierre-Quiberon (56) la formation « Construire un projet alimentaire de qualité en restauration collective », avec le cuisinier Gilles Daveau et la diététicienne Laurence Traversier. Au programme, à retrouver ici, réflexion sur les missions de la restauration collective à travers les différentes dimensions de la qualité alimentaire, les étapes d’un projet alimentaire de qualité, l’approche de la place et des atouts des produits bio et locaux dans un projet… Comme toujours, un peu de théorie pertinente et de la mise en pratique utile dans un climat de partage et d’enrichissement mutuel !

> Et pour les derniers candidats, il est encore possible de s’inscrire à la formation pour le Grand Ouest : le bio et l’alternatif pour plus de goût et de diversité en restauration collective, les 18 et 19 avril à Chaumes-en-Retz.

L’invité Claude Gruffat : « La qualité alimentaire des repas servis aux enfants n’est pas négociable »

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Pour le président de Biocoop, « les modes de fonctionnement  des cantines sont tellement installés dans des habitudes quasi-immuables que seule une loi pourrait faire évoluer l’origine des matières premières ».

Le président du réseau Biocoop (431 magasins spécialisés en France, 950 millions d’euros de CA et plus de 20% de croissance en 2016) revient sur l’invalidation de l’article de loi sur l’ancrage territorial de l’alimentation et exlique pourquoi le bio avance trop lentement dans les cantines.

Un Plus Bio : L’article de loi sur les 20% de bio et 40% de durable dans les cantines a été invalidé par le Conseil Constitutionnel fin janvier. Que vous inspire ce coup d’arrêt ?
Claude Gruffat : Du dépit ! C’est dommage de patiner sur des arguments techniques qui empêchent les enfants de manger mieux. Si l’obstacle relève d’un simple artifice technique, alors dépassons-le rapidement car tout recul et tout temps perdu sont préjudiciables à la qualité alimentaire à laquelle les enfants ont droit. L’urgence sanitaire, avec notamment la problématique des perturbateurs endocriniens dans l’alimentation, n’attend pas quand il s’agit de l’alimentation des enfants qui sont les plus vulnérables à ces questions.

On sait que le barrage est aussi politique, avec une opposition de la majorité des sénateurs…
Dans ce cas, j’ai du mal à considérer qu’on puisse faire de la politique politicienne sur un sujet aussi important. Pour moi il n’y a rien de négociable dans la qualité alimentaire des repas servis en collectivité. Et puisque la bio est reconnue comme étant globalement meilleure pour la santé, ce n’est même pas la peine de discuter de manœuvres politiques, quelles qu’elles soient. Dans une société civile qui raisonne encore correctement et normalement, certaines questions me paraissent tout simplement aller de soi.

Sur le fond, faut-il vraiment une loi pour faire évoluer les pratiques?
Je pense que oui. Aujourd’hui, les modes de fonctionnement et d’approvisionnement des cantines sont tellement installés dans des habitudes quasi-immuables que seule une loi pourrait faire évoluer l’origine des matières premières alimentaires vers le bio dans les cantines. C’est une réalité bien française que de passer par la loi pour changer les choses mais celle-ci aurait un caractère coercitif propre à faire bouger les lignes, à condition évidemment qu’elle prévoie d’ouvrir à tous les opérateurs du marché et notamment ceux qui sont en capacité de répondre aux niveau local et régional. Car si on veut une bio cohérente en restauration collective, encore faut-il que les produits ne viennent pas de l’autre bout du monde. Ma position serait de dire pas de bio d’importation au-delà de l’Europe, voilà qui serait clair, avec 80% de produits français. Cela aurait un effet d’entraînement énorme sur les filières Françaises.

Justement, à quel niveau votre filiale restauration collective est-elle impliquée dans le marché?
À ce jour le chiffre d’affaires de la restauration collective est de plus de 7 milliards d’€ dont seulement 3,2 % en bio, ce qui est ridicule. Sur ce marché, Biocoop Restauration est le deuxième opérateur français, avec 14 millions d’euros d’activité. En fait, même dans les appels d’offres que nous emportons, on obtient des référencements, mais après il faut que ça commande… or ça ne commande pas toujours. Pourquoi ? Parce qu’en l’absence d’objectifs clairs, les démarches restent timides.
Certes, le prix est un frein évident. Les produits bio coûtent 30 % plus cher qu’en conventionnel. Avec 20 % de bio, il faudrait donc selon nos calculs augmenter de 3 % le prix du repas. Pour une commune moyenne à grosse, cela représenterait entre 50 000 € et 80 000 € de budget annuel supplémentaire pour des cantines 100% bio. Ça ne semble pas insurmontable !

Le risque de produits « bio conventionnel » ou « conventionnels bio » qui ne portent plus de sens, issus de productions de masse…

Le manifeste d'Un Plus Bio en main, lors de la rencontre nationale du Club des Territoires, à Paris en novembre 2015.

Le manifeste d’Un Plus Bio en main, lors de la rencontre nationale du Club des Territoires, à Paris en novembre 2015.

Le second frein est culturel. Le manque de sensibilité aux questions de politique alimentaire de la part des décideurs handicape sérieusement la volonté d’aller vers le bio. La loi serait très efficace face à ces réticences. Et puis je voudrais parler aussi de la confusion entre bio et local. Les appels d’offres mettent en concurrence deux valeurs qui n’ont rien à voir : bio et / ou local. Les deux doivent s’ajouter simplement mais ne pas être au choix par opposition ! Ainsi certains cahiers des charges exigent que ce soit des opérateurs mixtes (bio et conventionnels) qui soient en capacité de répondre, excluant de fait les acteurs spécialisés en bio.

C’est comme cela que Biocoop Restauration est en train d’être écartée de certaines cantines. J’ai alerté sur ce problème mais il y a des choses qui ne sont pas connues des politiques. Les appels d’offres sont parfois très administratifs avec des rouages lourds et ils amènent les services à rendre la vie difficile aux fournisseurs… Je comprends que recourir à des opérateurs mixtes facilite la vie des gestionnaires qui n’ont ainsi affaire qu’à un seul interlocuteur, mais à un moment donné, il faut savoir ce qu’on veut. Si on passe des commandes aux seuls géants du conventionnel qui proposent une gamme bio dont les fruits et légumes proviennent de n’importe où sur la planète, on finit par encourager le même mouvement qu’on observe depuis soixante-dix ans dans le secteur de la grande distribution, c’est-à-dire une sorte de « bio conventionnel » ou de « conventionnel bio », avec des produits qui ne portent plus de sens, issus de productions de masse hors des règles de l’agronomie durable avec la biodiversité des variétés, avec un social cohérent, un environnement préservé et de l’emploi sur nos territoires.

Alors que l’offre de bio reste inférieure à la demande en France, est-ce que la production pourrait suivre dans les cantines ? Cette question est régulièrement soulevée par les élus sceptiques.
La croissance de la restauration collective bio est de 10% en 2016 alors que la consommation des citoyens augmente de 20% en 2016. Ça ne vous choque pas ? Une loi serait là encore la plus efficace pour mettre le bio à son juste niveau dans la qualité des repas de nos enfants. Si la demande de la restauration collective se structurait pour gagner en visibilité, alors oui nous serions en mesure de travailler avec notre amont pour planifier et contractualiser avec les groupements de producteurs en vue d’augmenter les volumes à venir. C’est ce que nous faisons depuis toujours dans nos magasins où on sait comment évolue le marché avec une visibilité de trois à cinq ans. En 2016, nous avons connu une croissance supérieure à 20%, ouvert une cinquantaine de magasins, la tendance de fond se confirme. Certes nous connaissons des tensions sur les flux, notamment sur les produits laitiers ces derniers mois, mais globalement on réussit à anticiper et à s’organiser. Et puis de grosses coopératives agricoles se convertissent aujourd’hui au bio à marche rapide. Pour certains secteurs ce sera plus long et difficile, par exemple dans la filière porcine : il faut d’abord que ceux qui n’ont pas encore amorti leurs investissements dans des outils de production intensive finissent de rembourser avant d’imaginer pouvoir passer à autre chose ! Voilà une des limites à mes yeux qu’on observe dans le contexte de crise de la filière laitière et porcine, où de nombreux producteurs se retrouvent étranglés sur un marché classique qui ne répond plus aux attentes .

Dernière question, vous êtes à l’origine d’une campagne sur l’instauration d’une TVA à taux réduit sur les produits bio. Pourquoi ?
L’idée du juste prix au consommateur avec une TVA réduite sur les produits à faibles externalités négatives, donc les produits bio, est prisée des consommateurs. Ils paient déjà le manque d’écologie par leurs impôts sur la dépollution. Il n’est donc pas juste qu’ils paient leurs produits de consommation vertueux plus cher. Une TVA réduite sur les produits bio ne bougerait pas (ou si peu) le prix du repas, mais donnerait plus de moyens aux établissements pour leurs repas bio à budget constant.

> Lire aussi le communiqué de presse d’Un Plus Bio en réaction à la position du Conseil constitutionnel.

Nouvelles recommandations alimentaires de l’Anses : peut encore mieux faire

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Infographie parue dans Le Monde.

Après plusieurs années de travail, de collecte de nouveaux résultats d’études et données, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a émis un volumineux rapport sur les nouvelles recommandations alimentaires qui serviront bientôt de cadre officiel aux politiques publiques en terme d’alimentation, déclinées sur le site du PNNS (Programme national nutrition santé) mangerbouger.fr.

Pour résumer, « l’Anses estime que les évolutions doivent porter notamment sur une consommation renforcée et régulière de légumineuses (notamment lentilles, fèves ou pois chiches), la nécessité nutritionnelle de privilégier les produits céréaliers complets (pain, pâtes et riz complets) ainsi que l’intérêt de privilégier la consommation d’huiles végétales riches en acide alpha-linolénique (huiles de colza et de noix) . En contrepoint, l’Agence insiste sur la nécessité d’une réduction considérable de la consommation de charcuterie (jambon, saucisson, saucisse, pâté, etc.) devant rester en deçà de 25 g par jour et la nécessité d’une consommation maîtrisée de viande hors volaille (bœuf, porc, agneau, etc.), ne devant pas dépasser 500 g par semaine. L’Anses souligne également que la consommation de boissons sucrées -sodas mais également jus de fruit, ce qui n’était pas le cas avant- doit être inférieure à un verre par jour. Les consommations de fruits et légumes restent cruciales et doivent être renforcées en privilégiant les légumes. Enfin, l’intérêt d’une consommation bihebdomadaire de poissons dont un poisson gras (par exemple sardine, maquereau) est réaffirmé. »

Bientôt une traduction dans les recommandations en restauration collective.

Bientôt une traduction dans les recommandations en restauration collective.

L’AVIS D’UN PLUS BIO : on avance enfin sur certaines recommandations, notamment l’injonction de manger moins de viande (volaille mise à part) et de charcuterie, alors que les recommandations étaient jusqu’à présent d’en consommer une à deux fois par jour. L’idée d’accentuer la part des protéines végétales telle que nous la défendons depuis plusieurs années est également bienvenue, d’autant qu’il est recommandé avec plus d’insistance qu’auparavant de privilégier les produits complets et les farines les moins raffinées. Mais on avance beaucoup moins sur d’autres questions : pour le lait et les produits laitiers, l’avis de l’Anses est mitigé, c’est-à-dire qu’il aborde l’évocation des risques liés à une forte consommation dont le cancer de la prostate, mais il reste globalement favorable à une consommation quotidienne aussi importante qu’aujourd’hui. Enfin, et c’est là que le rapport reste en retrait d’une vraie ambition quant à la qualité alimentaire, l’Anses ne recommande pas de se tourner vers les produits issus d’une agriculture durable et notamment bio. Pourtant, le rapport interroge avec une certaine gravité la présence régulière des contaminants dans l’alimentation (pesticides et produits chimiques retrouvés dans des produits comme le poisson). Alors, pourra-t-on faire encore mieux la prochaine fois ?

Tout le rapport (280 p.) ici, également les analyses du Rac (Réseau action climat) du Monde et du site Santé et Nutrition.