Daniel Cueff : « C’est un combat joyeux, même si la situation est grave »

Le maire de Langouët, surnommé le « shérif » par ses (rares) opposants depuis la publication de son arrêté anti-pesticides en mai dernier.
Plus qu’une vague, le maire de la petite commune de Langouët en Bretagne fait face à un véritable tsunami médiatique. Son arrêté anti-pesticides, retoqué par le tribunal administratif le 27 août, n’en finit pas de créer un courant de sympathie dans l’opinion. Sur son vélo, à la télé, dans sa mairie, Daniel Cueff continue de diffuser en lanceur d’alerte son message auprès de la population, des élus et du monde agricole.

Votre arrêté bannissant les pesticides à 150 m des habitations vous expose médiatiquement comme jamais ? Comment réagissez-vous ?

Je suis très étonné, et je remercie tous ceux qui m’accusent d’avoir tout organisé de me prêter un pouvoir que je n’ai pas ! Sur le fond c’est un combat joyeux, même si la situation est grave. Je suis soutenu par de nombreux collègues élus, mais tous ne franchissent pas le pas comme à Langouët, souvent par peur de la réaction des lobbys. Ce n’est pas évident de s’exposer ainsi, je les comprends, et moi-même avant de prendre l’arrêté en mai dernier, j’en ai parlé à ma famille. Les risques de représailles et d’intimidation, on l’a vu ces derniers mois, sont réels pour les élus. On craint logiquement des agressions, sur nous, nos proches, nos maisons. Ma famille m’a dit « tu as raison de t’inquiéter, mais il faut y aller ». Alors j’y suis allé.

À ce jour, plus de 60 communes ont pris un arrêté similaire au vôtre en France, vous pensez qu’il y a un « effet Langouët » ?

C’est le signal d’un grand soutien et d’une vraie prise de conscience, mais c’est aussi une période compliquée, les élus sont tenus à un devoir de réserve à six mois des prochaines municipales. Si on était tous en début de mandat, je pense qu’on serait beaucoup plus nombreux à publier des arrêtés de ce type. Quant à moi, le message a pris une ampleur sans précédent et je me sens à présent protégé par une épaisse couverture médiatique. Un courant de sympathie énorme traverse notre commune, je reçois une centaine de mails par jour à la mairie, des centaines de cartes postales, des milliers de messages de soutien via des associations et des ONG, dont certains écrits par des personnalités, comme l’acteur Guillaume Canet ou le Goncourt de la poésie Yvon Le Men. Le jour de l’audience, un groupe de cinq adolescents est venu du Morbihan à vélo après 211 kilomètres pour me soutenir, un concert de soutien va être organisé à Langouët. Bref, je remercie vraiment mon ami et sénateur écologiste du Morbihan Joël Labbé de m’avoir inspiré cet arrêté. Grâce à lui, je n’ai plus de vacances et je suis passé du statut de maire à celui de « shérif », comme me qualifient mes opposants !

Malgré cela, les arrêtés interdisant aux agriculteurs conventionnels d’épandre des produits chimiques près des maisons sont systématiquement suspendus par les tribunaux administratifs saisis par les préfets. Juridiquement, quelque chose cloche.

Je n’en suis pas si sûr, attendons de voir comment va se dérouler l’audience d’appel. Nos avocats plaident pour dénoncer une carence de l’État dans la protection des populations. La France est en infraction depuis des années avec la directive européenne, et son dernier « arrêté Phyto » de mai 2017 qui encadre les épandages de pesticides ne protège pas aussi bien les habitants que le demande l’Union européenne. La haute instance a déjà fait annuler une partie du texte. Il semble qu’il existe de vraies failles juridiques, je ne suis pas un expert, mais j’ai bon espoir que la réglementation évolue un jour.
Je rappelle aussi que c’est un arrêté de paix, non agressif ni violent. Il n’attaque pas les paysans, il pose seulement la question des produits chimiques employés.

Selon vous, pourquoi a-t-on tant de mal à progresser sur la question agricole et l’environnement, alors que l’attente sociale n’a jamais été aussi forte ?

Le problème des pesticides n’est pas une affaire de Bisounours, il y a de gros intérêts en jeu. Parmi les lobbys, la puissante FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) a une influence décisive dans les instances politiques comme dans les coopératives agricoles, elles-mêmes tenues par les vendeurs de pesticides. Nous sommes dans une région où l’agriculture intensive a fait des dégats depuis les années 1960. À l’époque, Langouët avait été déclarée commune test du remembrement en Ille-et-Vilaine, ce programme qui a entièrement détruit le bocage. Imaginez que sur les terres communales, un des agriculteurs aujourd’hui disparu n’était autre que Jean-Michel Lemétayer, l’ancien président de la FNSEA…

« J’ai le devoir de répondre à l’inquiétude des habitants »

Je connais très bien la famille agricole de Langouët qui a évidemment mal reçu l’arrêté, le père de l’exploitant est mon deuxième adjoint au conseil municipal. Ils sont aujourd’hui très fâchés contre moi. Mais en prenant cette décision, je savais pertinemment qu’il existe des solutions alternatives dans la bande des 150 m, et pour ma part j’ai le devoir de répondre à l’inquiétude des habitants dont la campagne de mesure de taux de glyphosate dans les urines a révélé des résultats extrêmement inquiétants. Cela étant, je comprends la colère de la famille, ce sont des agriculteurs engagés dans une logique d’agrandissement, ils sont tenus à des objectifs de rendement difficiles à tenir et, surtout, à des prêts bancaires qui les empêchent de faire marche arrière sous peine de mettre la clé sous la porte.

Le bio n’est pas donc très avancé à Langouët, en dehors de la cantine ?

Au contraire, depuis des années nous faisons évoluer les pratiques. La cantine est en effet 100% bio depuis quinze ans, les logements sociaux sont écologiques, on produit une partie de notre électricité… Il y a aujourd’hui trois agriculteurs bio sur la commune, un éleveur qui fait du lait et de la viande, une ferme de volaille avec poules pondeuses et un apiculteur. Je connais leur arbre généalogique sur plusieurs générations, quand certains ont repris l’activité de leurs parents, ils ont voulu changer de modèle en passant au bio. C’est une vraie réussite qui leur apporte beaucoup de soutien et de popularité parmi les habitants. Mais il reste encore une dizaine de paysans aux pratiques conventionnelles sur certaines parties du village…

Recueilli par Julien Claudel

Contre les pesticides, plus de 60 communes se mobilisent

À Dijon, Un Plus Bio avec Patrice Château, Gilles Pérole, Maria Pelletier (présidente Générations futures) et Stéphane Veyrat, en 2017.

Des villes du Club des Territoires Un Plus Bio ont déjà rejoint le combat maire de Langouët en publiant des arrêtés anti-pesticides : Paris, Nantes, Dijon, Grenoble… La ville de Mouans-Sartoux a également voté une délibération municipale de soutien à Daniel Cueff et s’apprête à prendre le même arrêté. En tout, plus de 60 communes sont mobilisées en France, réunies sur ce site dédié du « Collectif des maires anti-pesticides de synthèse et glyphosate ».
Il faut y voir le signe d’une grande vitalité démocratique : les grandes villes, soumises à l’interdiction d’usage des pesticides sur leur périmètre depuis la mise en application de la loi initiée par le sénateur Joël Labbé, n’ont certes pas beaucoup d’agriculteurs sur leur territoire urbain. Mais, à la manière des communes périurbaines et rurales où se concentrent les activités agricoles, elles envoient un signal fort au sommet de l’État qui, pour le moment, réagit timidement en proposant de définir des périmètres de 5 à 10 m de protection des habitants…
Difficile de dire où s’arrêtera ce qui ressemble à un bras de fer, mais cette lutte engagée contre des usages qui passent de moins en moins bien dans l’opinion se poursuit et engrange de beaux succès.

L’approvisionnement en bio : vrai souci ou simple appréhension ? Suivez le guide !

Manger bio c’est bien, « à condition que le poulet de vienne pas de Thaïlande et les pommes de terre de Pologne ! » Ce type de phrase, on connaît bien à Un Plus Bio. Mais si c’était une idée reçue ? Si la conjoncture avait vraiment changé dans les filières ? Pour en savoir plus, rendez-vous à la page 22 de « Cantines bio : le guide pratique des élus ». Ce n’est pas pour nous vanter, mais on explique dans ce guide de première nécessité politique comment balayer les idées reçues et donner un vrai coup d’accélérateur dans les cantines !

Victoires des cantines rebelles 2019 : dernière ligne droite pour s’inscrire

Toujours pas candidat ? Allons, allons, il est encore temps mais faites vite ! Les Victoires des cantines rebelles, organisées à l’Hôtel de ville de Paris le 6 novembre prochain, sont l’occasion de célébrer avec audace et panache les initiatives des hommes et des femmes qui, au sein des collectivités et des structures de restauration collective, donnent une autre envie de manger sur les territoires. Soumettez votre candidature au jury des experts d’Un Plus Bio avant le 27 septembre. Et, en cas de Victoire ou en étant simplement nominé, imaginez-vous déjà monter à la tribune pour recevoir le prix devant une foule d’acteurs passionnés par ce que vous faites !

Manger Bio en Provence, le nouveau carrefour de la production bio en restauration collective

Une nouvelle plate-forme comparable à celle de Grenoble, visitée ici en mai 2019.

Tout va de mieux en mieux dans la production et la distribution du bio ! À ceux qui pensent encore que l’approvisionnement en produits bio et locaux est un chemin de croix en restauration collective, le réseau Manger Bio (nouvelle appellation de « Manger bio ici et maintenant » – MBIM) répond par la cohérence et l’action, avec la création d’une dix-huitième plate-forme régionale, cette fois en Provence-Alpes-Côte-d’Azur (Paca). Manger Bio en Provence est née sous la forme d’une Scic (société coopérative d’intérêt collectif) et vient tout juste de recruter son directeur. Un poste de magasinier et un emploi de commercial vont suivre. Objectif : être opérationnel dès le 1er janvier 2020.

Pour Vincent Rozé, un des pères fondateurs et co-président du réseau national, cette nouvelle plate-forme de producteurs 100% bio va « permettre de répondre aux besoins aux besoins alimentaires de la restauration collective quatre départements, les Alpes-Maritimes, le Var, les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, en proposant un interlocuteur unique qui réunit en son sein tous les acteurs déjà présents et à venir sur le territoire ». Une des forces du réseau Manger Bio est en effet de rassembler, sans jamais les opposer, les protagonistes en place. Les groupements de producteurs « Échanges paysans 05 » (lait, fromages et viande), Solebio (filière fruits et légumes) et Aval Bio Paca (transformation), sont, entre autres, actionnaires de Manger Bio Provence. Quelles conséquences pour le territoire sud Paca ? « Eh bien tout simplement une visibilité et une force de frappe nouvelles dans l’approvisionnement des cantines, mais pas seulement, poursuit Vincent Rozé. Manger Bio en Provence s’adresse aussi aux entreprises, au secteur médico-social, à la petite enfance, aux épiceries, aux magasins spécialisés… »

Soutenue par les collectivités locales dont la Région Paca et la Draaf, la plate-forme s’est installée au MIN (Marché d’intérêt national ) des Arnavaux à Marseille. Fier d’annoncer la naissance de ce nouveau bébé, le réseau Manger bio poursuit parallèlement sa conquête sur d’autres territoires où il y a encore de la place et des besoins : la région Centre, une partie de l’Occitanie, un peu la Bretagne et les Pays de la Loire. Dans ce dernier cas, c’est le rapprochement entre Manger Bio 44 et Manger Bio 53 qui devrait bientôt fournir la solution.

Le Gers prépare ses assises de la restauration collective durable

Pour la deuxième année, le Département du Gers, membre du Club des Territoires Un Plus Bio, organise les 16 et 17 octobre 2019 les Assises de la restauration collective durable. Cette manifestation est l’occasion pour les acteurs des cantines publiques de se rencontrer, d’échanger autour des nouveaux enjeux de l’alimentation. Les évolutions réglementaires (loi Egalim), les nouvelles pratiques, l’éducation au goût, etc… seront les principaux thèmes abordés lors de ces deux journées.

Programme et bulletin d’inscription à retourner avant le 4 octobre à  restaurationdurable@gers.fr

7e forum Manger bio & local, labels et terroirs dans les Pyrénées-Atlantiques

Cliquer pour découvrir le programme.

On ne change pas une formule qui gagne. Pour la septième année consécutive, le Département des Pyrénées-Atlantiques organise à Morlaàs, en Béarn, la rencontre annuelle des acteurs de la restauration collective engagée. D’un côté les cuisiniers et gestionnaires des collèges, des Ehpad et des crèches, lesquelles sont cette année au cœur du programme Manger bio & local, labels et terroirs cette année. De l’autre, les fournisseurs des cantines bio et locales, producteurs, coopératives, transformateurs, distributeurs. « C’est la journée à ne pas rater dans le Département, qui rassemble le plus de monde concerné par le programme alimentaire départemental, un temps d’échange toujours convivial et d’une grande efficacité », résume Sandrine Lafargue, l’élue déléguée à l’Agenda 21 et au développement durable.Un Plus Bio est partenaire de l’aventure depuis le début.

Le 16 octobre à Morlaàs. Un programme riche à retrouver ici, la page d’inscription , avant le 29 septembre.

« On mange quoi demain ? » à Nancy, du 14 au 20 octobre

Un Plus Bio est l’un des invités de la Semaine de l’alimentation durable dont le Département de Meurthe-et-Moselle souhaite faire, du 14 au 20 octobre, un temps fort baptisé « On mange quoi demain ? ». Au menu : des animations, des ateliers, des rencontres, des débats, des partages d’expériences, avec une cinquantaine d’intervenants pour découvrir et valoriser les actions portées par le territoire départemental. Stéphane Veyrat , directeur d’Un Plus Bio, fera une intervention le vendredi 18 octobre sur le thème du jour : « Développer une alimentation durable et de qualité au sein des restaurants collectifs ».
Le programme complet, ouvert à tous, à découvrir ici.

Manger mieux devrait aussi passer par la santé, le foncier, l’éducation

Comme on dit à l’école, peut mieux faire ! 24%, c’est le pourcentage des collectivités engagées dans le bio et le local qui croisent leur démarche avec au moins deux autres politiques locales (santé, éducation, environnement, foncier…). Que faut-il en retenir ? Que l’alimentation de qualité doit encore sortir du bois pour intégrer des problématiques plus larges ainsi que les acteurs concernés. Par exemple la santé, directement liée à la qualité de l’alimentation, n’arrive qu’en quatrième position dans les niveaux de préoccupation.

Retrouvez tous les résultats 2018 de l’Observatoire de la restauration collective bio et durable.

On mange de mieux en mieux dans ma collectivité ? Et si je le faisais savoir ?

Exemple de résultat déterminé l’an dernier : manger bio ne coûte pas plus cher.

La deuxième enquête nationale de l’Observatoire de la restauration collective bio et durable poursuit sa grande collecte des données issues des collectivités, des structures et des établissements désireux d’aider à dresser une cartographie précise et développer un compteur objectif des bonnes pratiques en restauration collective de qualité. Quantité de bio, part du local, coût des denrées, changements apportés, types d’approvisionnement, nouvelles actions mises en place…Vous êtes invité(e) jusqu’à la rentrée de septembre à renseigner tous les éléments d’information de votre restauration sur le site dédié.

Créé par Un Plus Bio en partenariat avec le programme Lascaux et Ecocert, l’Observatoire est la seule instance qui, à l’heure de la loi qui vise à introduire 20% de bio et 30% de durable d’ici à 2022 dans les assiettes de la restauration collective, permet de documenter et d’analyser finement les politiques publiques de l’alimentation.