Émily Loizeau : « Me savoir contaminée au glyphosate m’inquiète mais me redonne des forces ! »

Au côté d’une trentaine de personnes sollicitées par l’association Générations Futures, la chanteuse (et marraine de notre livret « Cantines Bio, le guide pratique des parents« ) s’est prêtée à une analyse d’urines pour repérer dans son organisme d’éventuelles traces de glyphosate, la célèbre molécule chimique qui entre dans la composition du Roundup de la société Monsanto. Résultat : comme pour les 29 autres cobayes, le taux de la consommatrice avertie, qui privilégie le bio au quotidien, dépasse la norme tolérée. Une question se pose : serions-nous tous contaminés ?

Émily Loizeau Un Plus Bio

Émily Loizeau : « C’est à nous, consommateurs, que revient le pouvoir de devenir plus puissants que les lobbys. »

Un Plus Bio : comment allez-vous ? Ou plutôt, comment ça va depuis que vous savez que vous êtes malade ?
Émily Loizeau : (rires). Oui, tout le monde ou presque est désormais au courant, au final je ne sais pas si j’ai bien fait de participer à l’expérience ! Je plaisante, car je suis très fière d’avoir été de l’aventure. Au départ j’ai été mise en contact avec Générations Futures par le biais de Cyril Dion, avec qui je collabore puisque je fais partie des signataires de l’appel du Chant des Colibris et de leur campagne pour l’écologie dans le cadre de la campagne présidentielle. J’ai accepté tout de suite car ce type de question me préoccupe grandement, et tout ce qui peut participer à éveiller les consciences et inciter nos élus à établir des priorités politiques me paraît juste. J’ai trouvé aussi tout aussi juste la démarche de Générations Futures car le test urinaire, en relevant de l’intime, renvoie à la vie de tout un chacun, généralement on effectue ces tests quand on se pose des questions sur son état de santé, quand on soupçonne que quelque chose ne va pas. Inviter ainsi plusieurs personnes et personnalités à accepter que ce geste intime soit rendu public, symboliquement je trouve que c’est assez fort. Cela permet de secouer l’opinion, juste au moment où l’Europe est sur le point de statuer sur le prolongement -ou non- de l’autorisation du glyphosate.

Vos résultats montrent que vous dépassez la contamination moyenne des personnes testées, avec 2,07 ng/ml*. Quelle est votre réaction ?

J’ai été très surprise, même si on nous a bien expliqué que la teneur mesurée pouvait varier en fonction de notre volume d’absorption d’eau la veille du test, etc. Sur le fond, l’intérêt n’est pas de distinguer entre les doses de chacun mais plutôt de découvrir que tout le monde en a !

A quoi attribuez-vous cette contamination ?

À la maison, je mange exclusivement bio, mais je suis assez souvent en tournée et donc confrontée à un environnement alimentaire où on ne choisit pas toujours. J’incite les salles sur mon rider de tournée (demandes personnelles et techniques adressée au salles avant chaque concert) à proposer du bio, du raisonné ou du local, souvent elles jouent le jeu mais pas toujours, restant convaincues peut-être que cela leur coûtera forcément plus cher, ce qui n’est pas le cas si on prépare une nourriture simple… et puis il arrive parfois qu’on mange sur le pouce, dans le train, sous forme de restauration rapide parce qu’il n’y a pas le choix. Le résultat des tests montre que les molécules chimiques se retrouvent partout : dans l’eau, dans l’air, sans doute même dans l’agriculture biologique qui voisine parfois avec l’agriculture conventionnelle, dans le poisson sauvage aussi.

« Il y a quand même une prise de conscience comme jamais auparavant. »

Bref, des produits non contrôlables, y compris par les gens qui sont tournés presque exclusivement vers l’écologie et le bio. Et ce qui rend l’expérience inquiétante, c’est que d’habitude, lorsqu’on repère des problèmes dans une analyse d’urines, il reste toujours le chemin du médecin qui vous explique et vous prend en charge pour changer le cours des choses. Alors que là, on ne peut rien faire. Il n’y a pas de but pour essayer de comprendre, de dénouer, d’analyser, de légiférer ou de médicaliser. Pour moi, c’est le signe évident qu’un problème de santé publique n’est pas analysé comme tel. Et tant qu’on ne mènera pas une action radicale et très forte sur l’agriculture d’aujourd’hui, et même si on interdit à court terme l’emploi du glyphosate, il subsistera de nombreux dangers.

L’autre surprise que cette expérience révèle, à mes yeux, est qu’il est ahurissant que ce type de test provienne d’une association et d’une initiative citoyenne et non d’une démarche publique et institutionnelle. A minima je trouve qu’il faudrait mettre en place de vrais protocoles de contrôle qui respectent le principe de précaution, de sorte qu’un produit ne puisse être mis sur le marché qu’à la seule condition qu’il n’existe pas le moindre doute. Or on sait que le glyphosate est une molécule classée comme probablement cancérigène depuis 2015…

Si nous sommes tous contaminés, que faire ?

Cette expérience a de quoi légitimement nous inquiéter, mais elle ne m’empêchera pas de rester très optimiste et positive, dans le sens où il y a quand même une prise de conscience comme jamais auparavant, cela se voit jusque dans les thèmes de la campagne présidentielle même si ce n’est pas généralisé. Il y a de plus en plus d’initiatives, les citoyens dont beaucoup de jeunes se sentent vraiment interpellés par ces problématiques. On va donc aller, je pense, vers une amélioration. Il faut juste qu’on arrive à faire le poids face à la Commission européenne et les grands groupes industriels.

Selon vous, justement, est-ce la profession agricole qui est devenue trop dépendante du glyphosate ou cela vient-il de la pression exercée par les lobbys dans les couloirs de Bruxelles?

Oulah, je ne suis pas une experte de ces questions ! Mais je dirais que… nous sommes dans un cercle qui n’est pas vertueux. Tant qu’on restera dans une logique économique de surconsommation et de surproduction, on laissera les agriculteurs face à des échéances et des efforts de rendement qui leur sembleront hors d’atteinte sans le recours à toujours plus d’engrais chimiques et de pesticides. Il en résulte une situation favorable aux lobbys qui profitent de cette brèche pour emprisonner les agriculteurs dans des usages de produits qui appauvrissent et finissent par tuer les sols. La seule solution est de mettre en place une démarche politique forte qui permette aux agriculteurs de s’inscrire dans une économie et une éthique vertueuse afin de faire la nique aux industriels. Notre rôle de consommateurs est à ce titre essentiel, c’est à nous que revient le pouvoir de devenir plus puissants que les lobbys, en agissant sur notre consommation, sur notre refus, sur notre désir d’autre chose et sur notre pouvoir d’expression via les pétitions et des campagnes médiatiques. Bon, je dis cela sans expertise, simplement en tant que chanteuse, maman et citoyenne passionnée qui s’intéresse à ces sujets. Mais je le dis à mes enfants : vous allez être les pionniers d’une nouvelle manière de vivre ensemble car nous sommes à l’aube d’une révolution éthique, écologique et sociale. Aucune raison d’être « dépressiogène »!

*96.66 % (29 concentrations sur 30) des concentrations étaient supérieures à la concentration maximale admissible pour un pesticide dans l’eau de 0.1 ng/ml.

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