Guillaume Bodin : « Zéro-Phyto 100% bio n’est pas mon film, il appartient à tout le monde »

Des cantines où les enfants mangent bio et des villes qui ont banni l’usage des pesticides de leur espace public : le documentaire du vigneron réalisateur Guillaume Bodin, sur les écrans depuis une dizaine de jours, a choisi ces deux thèmes d’une écologie du quotidien, où le bien-être collectif et le souci d’une santé publique préservée tiennent les premiers rôles, soutenus en arrière-plan par des élus de collectivités qui assument des choix politiques forts. Un Plus Bio est partenaire de l’aventure, parmi de nombreux autres et des adhérents du Club des territoires en sont les acteurs.

Guillaume lors de la présentation du film Zero Phyto au cinéma Comoedia (Lyon).

Un Plus Bio : comment s’est passée la première semaine de diffusion du film, après quelque 200 avant-premières qui vous ont fait sillonner tout l’Hexagone l’an dernier ?

Le bilan est assez positif, même si on aurait espéré faire mieux. Le film a été bien reçu à Paris, la plupart des médias ont joué le jeu, et la mobilisation relayée par de précieux soutiens a été forte, je citerais entre autres le restaurateur Xavier Denamur, Gilles Pérole le président d’Un Plus Bio, le sénateur écologiste Joël Labbé ou encore Cathy Biass-Morin, la directrice des espaces verts à Versailles, mais aussi Générations Futures, Bio’consommacteurs, etc… tous étaient présents lors de la première, ça fait chaud au coeur. C’est en revanche beaucoup plus timide en région. J’ai découvert un paramètre que les gens ne connaissent pas forcément : pour qu’un film tienne l’affiche, il faut que sa première semaine de diffusion soit très suivie, à défaut il est rapidement déprogrammé. Ainsi, beaucoup de spectateurs potentiels qui envisageaient de voir le documentaire dans les prochains jours risquent malheureusement se retrouver sans projection près de chez eux ! C’est la loi du genre, et il faut s’adapter, comme il faudra adapter notre modèle économique. On devrait néanmoins atteindre l’équilibre financier d’ici à la fin de l’année, je l’espère…

Que retiendrez-vous comme moments forts liés à la diffusion et aux débats que le film a suscités ?

Sur cette question, je suis extrêmement satisfait. Même si c’était assez épuisant de courir tous les territoires et de mener des échanges après les projections -jusqu’à cinq par jour !-, j’ai ressenti un réel engouement de la part des gens, partout où on est passés. Il faut dire qu’on a été précédés et soutenus par un énorme tissu associatif très actif, qui a su mobiliser localement, à chacune des projections. A Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, il y a eu 260 personnes, dans un contexte local où un projet de ferme-usine de porcs interpellait la population, c’était presque autant que la soirée à Lyon où il y avait 300 spectateurs dans la salle.

« Il y a une préoccupation partagée sur les questions d’environnement et d’alimentation. »

Cette préoccupation partagée sur les questions d’environnement et d’alimentation est ma grande récompense, cela a fait naître des projets dans plein d’endroits, beaucoup de gens impliqués se sont croisés alors qu’ils ne se connaissaient pas, et je compte bien d’ici un an essayer de recenser les initiatives qui ont éclos en partie grâce au film. Par exemple, la ville de Versailles présente dans le documentaire a décidé de passer de 1 ou 2% de bio à 20% dans les menus de ses cantines, le maire François De Mazières l’a confirmé l’autre jour sur Europe 1. Pour moi, c’est un signal très fort que je salue.

Cette aventure vous a-t-elle inspiré de nouveaux projets ?

Oui, un retour à la terre, d’où je viens ! En mai prochain, je vais réintégrer mon vrai métier, vigneron, sans doute dans un domaine en biodynamie au pied des Alpes suisses dans le Valais, au côté d’une très bonne amie, Marie-Thérèse Chappaz. Devenir réalisateur, producteur et même distributeur, ce n’était pas ma vocation au départ. Si je n’avais pas été impacté personnellement en 2015 par l’usage de pesticides en viticulture, je n’aurais sans doute pas fait tout ce travail. J’ai 31 ans, toujours pas de lieu de résidence fixe, une famille sur laquelle je peux compter mais pas encore de vie de famille à moi. Il est temps de retrouver les fondamentaux ! En fait, Zéro-Phyto 100% bio n’est pas mon film, il appartient à tout le monde, mon vrai but était simplement de tenter de faire avancer la prise de conscience des enjeux environnementaux qui nous concernent tous. De ce point de vue, pas de doute, l’objectif est atteint !

La conférence de presse du 31 janvier dernier, lors du lancement du film.

Leave a Reply

  

  

  

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.