Hervé Kempf : « La conscience collective évolue vite sur les questions écologiques »

Hervé Kempf, fondateur du site Reporterre.

C’était l’un des invités prévus à la Bio dans les étoiles, le 10 avril prochain à Annonay, en Ardèche. L’événement co-organisé par la fondation Ekibio et Un Plus Bio, crise virale oblige, est reporté à l’automne. Mais les idées restent ! Journaliste et fondateur du journal en ligne Reporterre, Hervé Kempf évoque le lien entre agriculture et alimentation qui doivent avancer ensemble vers une évolution qu’il qualifie de « déjà positive ». (Interview réalisée avant la crise du coronavirus).

L’opinion publique n’a jamais autant été sensible aux enjeux écologiques, et notamment dans le domaine alimentaire. Comment qualifieriez-vous cette évolution ?

Il y a une tendance de fond, les évolutions ne sont plus marginales comme auparavant. Depuis une dizaine d’années, la conscience collective évolue vite sur les questions écologiques. Dans les cantines, un courant de plus en plus fort met la qualité de l’alimentation au cœur des enjeux. Le bio et le local sont mis en avant et c’est très bien, qu’il s’agisse de réduire l’empreinte désastreuse des élevages industriels ou de l’introduction des menus végétariens. Proposer des repas sans viande permet d’aller vers un meilleur équilibre alimentaire et un meilleur environnement ; cela n’exclut pas la viande, mais stimule la recherche d’élevage de qualité, non industrielle, une condition essentielle pour soutenir l’agriculture paysanne dont l’élevage reste une composante essentielle, notamment en zone de montagne.

Je ne cherche pas à prédire l’avenir mais je constate qu’il y a de plus en plus de luttes actives, venues d’en bas, des citoyens, qui soulèvent des questions et se saisissent de problèmes là où le discours politique général et l’inaction des gouvernements ont démontré leurs limites.

Cette mobilisation citoyenne a-t-elle vraiment les moyens de faire bouger les lignes ?

Les citoyens, les collectifs qui s’engagent pour le climat, le droit de l’environnement ou l’alimentation, se heurtent principalement à deux types de blocages : le premier, c’est le maintien obstiné de politiques néolibérales, qui notamment en promouvant le libre-échange systématique, dégrade le niveau des normes écologiques. Le deuxième blocage vient des lobbies qui influencent énormément les décisions de l’Etat et les lois, particulièrement le syndicat FNSEA qui promeut de fait une agriculture productiviste qui tue la paysannerie et fournit de mauvais produits.

La loi Egalim et l’objectif de 20% de bio dans les cantines en 2022, c’est une avancée ?

Très certainement, et cela m’amène d’ailleurs à penser que les évolutions doivent se jouer à tous les échelons : les citoyens seuls et les collectivités qui s’engagent ne peuvent pas tout régler. Il faut aussi faire avancer la politique agricole et alimentaire sur les plans national et européen. La mise en lumière des conditions d’élevage industriel, la souffrance animale, et à l’inverse l’installation de paysans qui pratiquent une meilleure agriculture (pâturage, bien-être, refus des pesticides, etc.) permettent de faire évoluer les modèles. Il faudrait aussi reconsidérer les logiques marchandes des importations alimentaires, limiter la publicité sur les produits agro-industriels… Toutes ces batailles restent à remporter, mais les évolutions dans le bon sens sont désormais très nettes.

Recueilli par Julien Claudel

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