La belle AG d’Un Plus Bio à Grenoble, terre de cohérence alimentaire

Gilles Pérole et Catherine Brette (Un Plus Bio) remettent en mains propres la Victoire de la cantine rebelle 2018 au maire Éric Piolle et Salima Djidel, son adjointe en charge de la restauration collective.

Qu’il est bon de compter sur ses adhérents pour organiser les grands moments d’Un Plus Bio. Les 28 et 29 mai derniers, l’association a réuni ses membres, administrateurs et sympathisants à Grenoble. La ville, dont le projet alimentaire est porté par le maire Éric Piolle et son adjointe Salima Djidel, est très engagée sur la voie de la transition : une ferme urbaine bio installée dans les serres municipales, une légumerie bio qui traite de grands volumes de produits bruts aux portes de la ville, une plate-forme d’approvisionnement de la restauration collective en produits bio locaux « Mangez Bio Isère » devenue le premier opérateur local… Ce n’est pas tout, les cantines affichent en 2019 un taux de 57% de produits bio. Pas de doute, nous sommes sur une terre de cohérence alimentaire.

L’assemblée générale d’Un Plus Bio a été l’occasion de réunir les acteurs qui font bouger leurs territoires en partie via le levier de la restauration collective. Petites et grandes communes étaient représentées mais on retiendra cette année l’implication des Départements, venus en force avec leurs élu(e)s représentant la Drôme, la Gironde, les Pyrénées-Atlantiques, le Gard et l’Hérault.

Le lendemain, visite de trois sites emblématiques qui méritent chacun une présentation :

Mangez Bio Isère

Cette plateforme de producteurs bio locaux s’est professionnalisée avec les années. Elle est aujourd’hui le plus gros fournisseur des cantines de l’Isère.

Le MIN (Marché d’intérêt national) de Grenoble, nouveau siège des producteurs bio de l’Isère.

Au MIN (Marché d’intérêt national) de Grenoble, la plateforme Mangez Bio Isère (MBI) a emménagé cette année. Davantage de stockage, des commandes entièrement centralisées, une logistique facilitée : une équipe de douze salariés se relaie quotidiennement pour approvisionner la restauration collective dont la ville de Grenoble est un client majeur. La plateforme profite à une centaine de producteurs engagés, dont 80 dépassent une valorisation annuelle supérieure à 5000 €. En quatre ans, MBI est passé de 1,5 à 5 millions d’euros de chiffre d’affaires, et la croissance, plus de 20 % par an, se poursuit.

La visite du site a réuni environ 25 personnes, après un échange avec le président de MBI Franck Rousset et le directeur de la SCIC Lyderic Motte. Les clients sont en priorité des communes et leurs écoles, également le Département de l’Isère pour les collèges, un peu moins les lycées « car l’organisation régionale est différente et nous avons de grandes marges de progrès », souligne le directeur. Des opérateurs privés locaux se fournissent également auprès du site grenoblois.
Mangez Bio Isère fait partie du groupement « Manger Bio ici et maintenant » (MBIM) qui réunit quelque 20 structures similaires réparties dans différentes régions de France. »

La ferme urbaine bio s’installe dans les serres de la ville

La mairie a lancé un appel à projet, en signe de reconquête agricole locale.

Mickaël Tenailleau cultive 1,4 ha de fruits et légumes au bord de la ville.

En 2018, la ville de Grenoble lançait un appel à projet pour créer une ferme urbaine 100% bio sur le site du centre horticole à Saint Martin d’Hères. L’objectif ? Installer un porteur de projet, en bio, dans un contexte où l’accès à la terre est difficile. Parmi cinq projets étudiés, c’est celui de Mickaël Tenailleau, agronome en reconversion et spécialiste des insectes, qui a été retenu. Son but : cultiver 1,4 ha de fruits et légumes, avec une partie sous serres.

L’avantage de la ferme urbaine, c’est qu’il a très vite trouvé de quoi écouler ses productions localement (magasins bio principalement), puisqu’à Grenoble la demande en produits bio et locaux connaît une croissance inédite et toutes les AMAP ont des listes d’attente. Mickaël n’envisage donc pas d’approvisionner la restauration collective pour l’instant, mais il reçoit des élèves du lycée agricole pour faire découvrir les cultures sur sols vivants et le poulailler.

Malgré toute la bonne volonté de la ville, Mickaël a rencontré de grosses contraintes sur cet espace : pas d’accès à l’électricité ni l’eau à son arrivée, des mètres de tuyau sont donc déroulés de part et d’autre du terrain pour pouvoir se connecter au réseau de la ville !

Sur place, les serres horticoles permettent d’accueillir et d’aider d’autres porteurs de projet, comme l’association 1000 pousses, présidée par Isabelle Robles, qui s’est lancée dans la production de micro-pousses grâce aux 100m2 mis à disposition par la ville. A terme, l’association souhaite créer une autre ferme urbaine pour favoriser l’insertion par l’activité économique.

Face à la situation géographique de Grenoble et au manque de foncier disponible, des questions se sont posées au cours de la visite : comment faire pour identifier et essaimer ce projet sur d’autres parcelles de la ville ? Est-ce que ces fermes urbaines pourraient répondre à terme aux besoins de la restauration collective ?

La légumerie bio AB Épluche traite 150 tonnes de légumes par an pour les cantines

Un bel équipement qui dépend principalement de la commande publique

Visite instructive chez Marianne Molina et Benjamin Berne, respectivement directrice et responsable approvisionnement de la légumerie AB Épluche. Née du constat de la plateforme Mangez Bio Isère qu’un réel besoin en légumes transformés existait pour alimenter les commandes de la restauration collective, la légumerie grenobloise transforme pas moins de 150 tonnes de légumes par an.

Rares sont encore les villes qui décident d’encourager ce type d’outils. Ils répondent pourtant aux besoins d’une cuisine vivante avec des produits frais et bruts venant du territoire.

Malgré de forts aléas liés à un incendie dans le local initial, l’activité se poursuit sur le site des abattoirs à Fontanil-Cornillon depuis quatre ans, en attendant la construction d’un nouveau bâtiment dans une commune voisine. Un noyau dur de producteurs locaux (Isère et alentours) fournit l’essentiel des volumes à traiter, sachant que le trio gagnant de légumes est sans surprise composé de pommes de terre, carottes et courges.

L’équipe de la légumerie essaie de mettre en place la planification et la contractualisation avec les producteurs, afin de sécuriser les volumes commandés mais aussi de stabiliser les prix, définir le conditionnement… Les commandes des structures publiques sont structurantes pour la légumerie et c’est bien grâce à l’impulsion donnée par le conseil départemental de l’Isère et la cuisine centrale de la ville de Grenoble que l’activité peut se pérenniser : les niveaux d’investissement matériel initiaux et les frais liés à la logistique sont en effet conséquents.

Les projets fourmillent, allant de pair avec le transfert vers leur futur local : création d’une conserverie ? D’une quatrième gamme pour les particuliers ? D’une unité de surgélation ? À la suite de la présentation et la visite des lieux, les échanges ont permis d’avancer entre représentants de collectivités porteurs de projet et responsables d’autres légumeries déjà en activité.

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