En coulisses, les petites histoires de l’année 2019

Une année riche en rencontres, en moments suspendus et parfois même un rien décalés !

Quand on s’aperçoit soudain « qu’on n’a rien fait ou presque ! »

C’était dans l’Ain, au printemps dernier. Baptême du feu pour Inès, l’animatrice de l’Observatoire de la restauration collective bio et durable à Un Plus Bio. Elle est venue à la demande de la communauté de communes, qui souhaitait mesurer le niveau de ses avancées dans les cantines du territoire. Inès affiche les résultats d’enquête, des diapos, échange avec la salle et les élus quand soudain, au milieu de l’assistance, le président de la collectivité s’exclame : « En fait ce que nous nous racontez là, c’est qu’on n’a rien fait ou presque! » Euh, comment dire, c’est pas tout à fait ça mais oui, c’est un peu vrai.

Inès, animatrice de l’Observatoire.

La qualité alimentaire n’est pas exactement au rendez-vous même si toutes les communes ont répondu au questionnaire, grâce à l’implication des élus communautaires, et malgré le manque d’information sur certains indicateurs clefs comme la part de produits bio ou le coût des denrées. Inès tente de rassurer, explique que le changement prend du temps, mais rappelle que, en effet, au nom du réseau Un Plus Bio, manger mieux, développer un territoire, c’est éminemment politique ! De belles perspectives de travail et des objectifs opérationnels sont aujourd’hui définis pour porter un projet alimentaire sur le territoire !

Lionel et Stéphane, les cuisiniers voyageurs

Stéphane Brette et Lionel Senpau, petite halte à Jérusalem entre deux cuisines.

Quand il n’est pas sous le feu des gazettes et des médias qui viennent passer un beau moment au sein de son équipe gardoise à Manduel, où 400 convives mangent bio, local et fait maison chaque jour, Lionel Senpau joue les ambassadeurs informels d’Un Plus Bio. Cette année, il est allé jusqu’en Cisjordanie, où l’a invité l’Institut français de Jérusalem. Avec lui, Stéphane Brette, formateur cuisinier du réseau, ils ont baroudé entre quartiers palestiniens chics et populaires et manque de moyens, ils ont flatté le développement de cuisines en devenir, distribué leur enthousiasme et leur sens du partage à des équipes qui les ont accueillis comme deux chefs étoilés. La boulette et le falafel n’ont plus de secrets pour eux maintenant. La cantine est une grande famille, dont Lionel et Stéphane sont les héritiers et les porteurs d’avenir !

Les selfies avec la maire de Paris

L’équipe lauréate du collège Jean-Rostand (Nîmes) pose avec Anne Hidalgo.

Les Victoires des cantines rebelles, en novembre dernier à Paris, sont toujours un grand moment officiel. Pose photo des lauréats, discours minutés, présentations solennelles. Et puis, en milieu d »après-midi, sans crier gare, la consécration se libère, plus informelle mais hautement symbolique. Venue chercher sa propre Victoire dans la catégorie des très grandes villes, la maire de Paris est soudain prise d’assaut pour une série de selfies au côté des autres lauréats qui l’approchent, tout sourire. « Monter » à Paris en partant de son territoire, du plus rural au plus urbain, et se retrouver portable en main pour immortaliser un moment avec l’élue de la plus grande collectivité française, voilà qui est… capital ! Et c’est aussi l’occasion de comprendre que, entre un village du Gers, un collectif citoyen de l’Isère et Paris, les mêmes préoccupations peuvent conduire aux mêmes projets.

Soudain, l’expert en droit alimentaire titille les élus

François Collart-Dutilleul, professeur émérite des universités et fin explorateur de la démocratie alimentaire, est devenu l’expert incontournable des politiques publiques de l’alimentation à Un Plus Bio. Avec lui, on apprend toujours plein de choses et on comprend vite l’enjeu du droit à manger sain pour tous. On redécouvre que l’alimentation est un droit de l’Homme et non un simple usage, ou que la réduction des inégalités devant l’assiette est une urgence dont la restauration collective est un levier évident. Mais François ne se gêne pas non plus pour rappeler aux élus, chacun sur son territoire, qu’ils sont d’abord des citoyens comme les autres. « Je suis souvent frappé par la manière dont quelques fois les élus considèrent qu’ils sont propriétaires du budget et que c’est dans leurs grandes largesses qu’ils vont donner des subventions… La démocratie citoyenne, c’est justement l’inverse. Je suis élu(e), donc je représente, oui, mais je n’ai pas le pouvoir ! Quand je décide, ce n’est pas comme tout-puissant, mais comme représentant. Remettre ainsi à sa place la décision publique, c’est faire un exercice de démocratie certes représentative mais d’abord citoyenne. En faisant des objets portés par les citoyens des objets et non plus des sujets de la politique, on ouvre la voie à la démocratie citoyenne… ». En janvier prochain, tenez-vous prêts, nous vous ferons partager un article passionnant sur la démocratie alimentaire que prépare l’expert.

La petite frayeur des 10 trophées

Le nouveau prix des Victoires. Il s’en est fallu d’un cheveu… Photo Ravages.

Dix lauréats, cela fait dix trophées à remettre. Une commande est passée pour les Victoires des cantines rebelles 2019 en septembre. Mais frisson de dernière minute : le prestataire céramiste a sorti du four dix objets jolis, mais avec de belles coulures vilaines et un sentiment de raté assez partagé ! Que faire, quand on est à moins de quatre jours de la cérémonie officielle ? Mobilisation générale ! On passe au crible les artisans parisiens, heureusement nombreux sur le créneau. Et on finit par avoir le jour J les dix récompenses, en bois, très stylisées. Chacun aura son prix. Ouf !


Le pragmatisme en région
Lorsque Un Plus Bio se rend en novembre à la remise de l’ordre national du mérite à Dominique Granier, ancien président de chambre d’agriculture et président en exercice de la Safer-Occitanie, son directeur Stéphane Veyrat croise Carole Delga. À la présidente de la région Occitanie, membre du Club des Territoires Un Plus Bio, il glisse qu’il est dommage qu’Un plus bio soit sous-employé dans le plan d’alimentation durable mis en place par le conseil régional.

Carole Delga, Stéphane Veyrat et Valérie Rouverand.

Ni une ni deux, la présidente, fixe dès la semaine suivante un entretien dans ses bureaux. Et là, rien n’est laissé au hasard : réception officielle au bureau, discussion à bâtons rompus, sens de l’écoute, visioconférence avec les directions de l’agriculture et l’alimentation, de l’éducation et le concours d’une autre élue, membre du conseil d’administration d’Un Plus Bio, la Nîmoise Valérie Rouverand. Chaque minute devient alors féconde et prometteuse, une feuille de route se précise aussitôt et les premières actions programmées s’envisagent. C’est aussi ça, la vison et l’efficacité politiques sur les territoires !

À débat un peu tendu, agapes détendues !

Un Plus Bio a rendez-vous ce jour-là avec une soixantaine de gestionnaires et cuisiniers de restauration collective en région. On discute, on débat, on expose des chiffres et des faits mais, il faut se rendre à l’évidence, le message positif d’une alimentation heureuse continue de se heurter, ce n’est pas nouveau, aux vieilles habitudes, au manque présumé de moyens pour engager une vraie transition alimentaire. On entend que le bio coûte cher, qu’il est compliqué de recourir au local et que, pour résumer, on fait ce qu’on peut et que c’est déjà pas mal. La réunion se termine, un buffet est servi aux invités, préparé par des équipes locales.

Une équipe de cuisiniers d’un lycée à l’œuvre pour recevoir à la bonne franquette !

Et là, ô surprise, des cuisiniers prêts à faire un beau pied-de-nez à la morosité, mettent les petits plats dans les grands. Grillade géante à base de produits régionaux fermiers, banquet solennel et populaire à la fois, convivialité maximum. On se dit alors que tout n’est pas perdu et que c’est aussi dans ces moments hors cadre que se joue la mère des batailles pour de vraies avancées alimentaires. Pas qu’une question de budget, on vous dit !

Les médias aussi cherchent la solution

La mutation des mentalités sur la question climatique, les questions sociales mais aussi la question alimentaire qui se glisse désormais dans tous les programmes électoraux, interpelle de plus en plus le paysage médiatique. Alors qu’on peinait hier encore à expliquer que l’assiette est un outil de transformation politique, économique et social, les rédactions ont fini par changer de cap. Il n’est désormais pas une semaine où un média n’interpelle le réseau Un Plus Bio pour l’aider à décrypter le monde de la restauration collective et tous les acteurs qu’elle entraîne derrière elle.

Entre ces sollicitations, un vrai coup de chapeau mérite ainsi d’aller au magazine Oxytanie, nouveau venu dans la presse régionale engagée, et dont le dernier numéro met à l’affiche un beau reportage dans une cantine du Gard, avec l’interview d’Un Plus Bio. Pourquoi le distinguer lui ? Simplement pour l’approche chaleureusement humaine de sa rédaction, le temps qu’il a souhaité passer en immersion, sur place, pour humer le parfum vrai d’un projet exemplaire, et aussi pour la qualité du rendu d’un article soutenu par de superbes photos !

Et aussi, tous ces beaux moments…

On n’oubliera pas non plus ce bel accueil de la ville de Grenoble au printemps pour l’AG d’Un Plus Bio, une commune de taille significative à la pointe sur les questions de transition. On se rappellera de cet échange avec le jury des Victoires de cantines rebelles, à Paris, où chaque membre engage son nom et ses arguments pour distinguer le dossier qui lui paraît le plus symbolique de la révolution alimentaire qui se joue dans les territoires. On gardera en mémoire le forum annuel « Manger bio et local, labels et terroirs » dans les Pyrénées-Atlantiques, ce département qui suit un beau bonhomme de chemin depuis plusieurs années sur la voie du dialogue avec tout un territoire, ses hommes et ses femmes engagés. On ne comptera plus les interventions, les invitations des membres d’Un Plus Bio, partout en France, de la Meurthe-et-Moselle et sa semaine du développement durable à l’Ardèche et sa Bio dans les étoiles, en Gironde, ailleurs encore, mais aussi dans les ministères, les rendez-vous nationaux, bref, partout où les lignes font bouger les assiettes du futur ! Pour finir on dira un grand merci à nos deux grands partenaires fidèles et engagés : le réseau Agores et son livre blanc pour des cantines sans plastique, Ecocert et son label En Cuisine.

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