L’invitée Maria Pelletier : « Il faut en finir avec les perturbateurs endocriniens ! »

Présidente de Générations futures

Dans un contexte électoral propice à faire passer les bons messages, l’association Générations Futures a frappé un grand coup en publiant les analyses de contaminants chimiques dans les cheveux de plusieurs personnalités.
maria pelletier un plus bio

Maria Pelletier : « Les lobbys sont toujours à l’œuvre. »

Il y a moins d’un mois, vous avez publié les résultats d’une nouvelle enquête baptisée Exppert 9 sur l’analyse de mèches de cheveux de sept personnalités du monde de l’écologie. Qu’en retirez-vous ?

En effet, Yann Arthus-Bertrand, Isabelle Autissier, Delphine Batho, José Bové, Nicolas Hulot, Yannick Jadot et Mare-Monique Robin ont bien voulu nous remettre une mèche de cheveux que nous avons fait analyser par un laboratoire indépendant. L’idée était de dresser le constat sur la réalité de l’exposition quotidienne des citoyens aux perturbateurs endocriniens. Deux cents substances suspectées de perturber le système endocrinien ont été passées au crible, dont 150 pesticides, des PCBs, des phtalates et des bisphénols. Les résultats sont sans appel : tous les témoins de l’enquête étaient contaminés par chacune de ces familles de substances, en quantité plus ou moins importante. Par exemple on a trouvé 50 traces de perturbateurs chez Yann Arthus-Bertrand, 36 chez Delphine Batho et le record de 68 molécules chez Isabelle Autissier !

Au-delà du retentissement médiatique, quel effet a ce genre de campagne sur les décisions au sommet, notamment au niveau de la Commission européenne ?

La bataille des idées est fondamentale quand on lutte contre l’influence des firmes internationales. Cette enquête, au côté d’autres actions que mènent de plus en plus d’ONG en France et en Europe, aide à contraindre la Commission européenne à renoncer à trouver une nouvelle fois une majorité pour sa proposition de définition de critères visant à affaiblir certaines dispositions sur les perturbateurs endocriniens. Une majorité d’États membres dont la France rejette la proposition actuelle. Le combat est loin d’être gagné. Car la question de fond est de savoir quel interlocuteur la Commission souhaite vraiment écouter avant de donner ses autorisations : les seuls lobbys ou l’ensemble de la société civile ?

Ces perturbateurs endocriniens se sont invités dans la campagne présidentielle. Benoît Hamon en fait même un combat prioritaire. Votre message commence à passer ?

Benoît Hamon est certes actif sur le sujet mais il n’est pas le seul. Le 8 février dernier, le Synabio dont je suis une administratrice et la Fnab ont interpellé tous les candidats en les invitant à signer le « pacte pour une agriculture et une alimentation d’intérêt général ». Chaque candidat a envoyé au moins un représentant et tous ou presque ont souscrit à la démarche ou signé le pacte. J’observe juste du flou du côté des Républicains et de son candidat dont la vision penche toujours pour un modèle d’agriculture intensive qui met l’écologie entre parenthèses…

« C’est l’accumulation des contaminants mêlés à divers adjuvants qui est la plus dangereuse. »

Et que dire de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) qui vient de déclarer qu’un produit comme le glyphosate n’est pas cancérigène ?

Les lobbys sont toujours à l’œuvre, cela pour parvenir à maintenir l’emploi du désherbant chimique phare de Monsanto dont des millions d’agriculteurs sont malheureusement devenus dépendants. Cet avis est contraire à la position qu’avait prise en 2015 le Centre international de recherche contre le cancer (Circ). Le problème avec ce nouveau type d’analyse, c’est que l’agence européenne ne considère jamais l’effet cocktail des formulations chimiques, elle ne s’attache qu’à l’étude de la molécule en question. Or on sait bien que c’est l’accumulation des contaminants mêlés à divers adjuvants qui est la plus dangereuse.

Comment expliquez-vous l’écart entre d’un côté la mobilisation citoyenne ou militante et, de l’autre, le temps de réaction toujours long de la sphère politique ?

C’est vrai, on a l’impression que le but du système en place est d’aller droit dans le mur le plus vite possible. Pourtant, notre époque démontre suffisamment les dangers qui nous guettent et dont les victimes sont toujours plus nombreuses. En témoigne le dernier rapport de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) : chaque année, les pollutions environnementales entraînent le décès de 1,7 million d’enfants de moins de 5 ans. C’est inadmissible ! Dans la même veine, la rapporteuse spéciale sur le droit à l’alimentation de l’ONU, Hilal Elver, vient de tirer la sonnette d’alarme sur les méfaits écologiques, sanitaires et sociaux de l’agriculture intensive en général et des pesticides en particulier dans un rapport accablant. Bref, plus que jamais, la veille d’une association comme Générations futures reste primordiale, des personnes très précieuses comme François Veillerette et Nadine Lauverjat sont à l’affût des moindres évolutions réglementaires et sanitaires. Heureusement tout n’est pas noir, certaines luttes finissent par payer. Regardez par exemple le zéro-phyto porté par le sénateur Joël Labbé dans la loi de transition énergétique pour la croissance verte : depuis le 1er janvier 2017, l’utilisation des pesticides de synthèse dans l’ensemble des collectivités publiques est interdit. C’est un grand pas.

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