Pascal Légitimus : « Les cantines bio, ça devrait être la règle ! »

L’un des Inconnus les plus célèbres de France est un écolo convaincu. Pascal Légitimus n’a pas attendu le tournant des dernières années pour virer bio. Son art d’associer pratiques personnelles durables et vision d’une société plus juste, nous emmène au cœur des préoccupations du moment. Une fois n’est pas coutume, l’humour laisse place au regard critique. Sans concessions.

L’humoriste est sur les planches pour « Non à l’argent ! » et reprend en 2018 la tournée de  « Légitimus Incognitus ».

Comment sont nées vos convictions écologiques ?

J’ai été élevé comme ça, dans le respect de l’homme et de la nature. De mon éducation, j’ai gardé les principes logiques et naturels selon lesquels de grandes forces majeures régissent le fonctionnement de la Terre où l’homme n’est qu’un maillon de la chaîne. On n’est pas né de rien, on devrait avoir conscience de la nécessité de vivre en interconnexion avec la nature, les humains, la planète. Dans mon esprit, les frontières n’existent pas, Belgique, France, Afrique, Chine, Amérique du sud, tout cela ne veut rien dire. On a tous les mêmes envies de vivre mieux et bien. Malheureusement, la force obscure est là qui rôde, elle prend le dessus et s’immisce au sein des religions, des êtres qui deviennent maléfiques… Pourtant, pas besoin de sortir de Polytechnique pour comprendre que l’amour et la solidarité sont plus vertueux que la haine, l’asservissement et l’exploitation. Je me suis fait mienne cette expression qui veut que « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’autrui te fasse ».

Comment traduisez-vous cette approche dans vos actes quotidiens ?
Je transmets, je diffuse les informations. Au quotidien je fais attention, je ne bois pas, je ne fume pas, je trie mes poubelles. Je vais acheter une voiture électrique, maintenant que cette technologie a fait ses preuves, et aussi un scooter électrique… Je fais gaffe à ce que je mange, j’ai la chance de posséder un jardin de 3 000 m² autour de ma maison, en dehors de Paris, où on fait notre potager en famille, avec l’aide d’un jardinier. On a aussi un espace bio dans les Pyrénées, et on est en lien avec les éleveurs et les producteurs locaux. Et puis on bannit tout ce qui peut être toxique. J’évite les shampooings chimiques, j’ai revu ma manière de manger, en m’éveillant au fonctionnement et à la santé du corps, cette machine subtile et méconnue de la plupart des gens qui mérite qu’on la bichonne, comme une voiture ! Bref, je m’intéresse, même si tout cela ne m’empêchera peut-être pas de crever comme une m… ! Mais au moins, j’aurais tenté de faire ma part. Votre combat pour des cantines bio, ça devrait être la règle, il faut arrêter de manger aussi mal. Ça devrait naturellement susciter l’envie et la curiosité des parents, sauf que le manque de culture et d’intérêt domine, là encore. Qui a envie de s’intéresser au rôle des protéines ou du calcium, des algues, des bienfaits du curcuma, etc… ?

« En France, il manque une conscience collective, c’est chacun pour sa pomme… »

Quels sont les freins qui s’opposent à une société plus vertueuse selon vous ?

Je n’invente rien en disant l’argent, les lobbys, l’égoïsme, la peur. Spécialement en France, il manque une conscience collective, c’est chacun pour sa pomme, on n’est pas éduqués comme une grande famille de 65 millions de membres qui prendrait conscience de sa force. On est coincés par un vaste système de castes et de sous-castes, les éboueurs, les flics, les bobos, les banlieusards, les paysans, les routiers, les infirmières, les… Chacun défend ses intérêts et descend dans la rue quand il est déjà trop tard, aucune culture d’anticipation, c’est le service après-vente qui prime…
Pendant ce temps, des énarques restent dans leur propre caste sans jamais mettre les mains dans le cambouis. Dans d’autres pays, il se passe des choses. À Montréal, j’ai vu au sein d’une entreprise une halte-garderie et en sous-sol une piscine plus un espace pour laver son linge. En France, je trouve qu’on reste encore collectivement assez égoïstes, chacun pour soi et tous pour personne ! Heureusement, il y a des exceptions, tout n’est pas noir, des âmes et énergies bienveillantes essayent de faire bouger le système encrassé.

Du coup, c’était mieux avant, c’est foutu ou ce sera mieux demain ?

Je pense que ça ira de mieux en mieux, mais ce sera très lent. Grâce à l’action de nos enfants, et des leurs plus tard. Ce sont eux qui trouveront les solutions qu’on n’aura pas pu ou voulu mettre en œuvre. Regardez à Paris, on est enfin en train de s’apercevoir qu’on respire mal. Les décisions de la maire Anne Hidalgo pour endiguer les pollutions sont courageuses, mais le chemin promet d’être long : d’un côté on veut encourager les transports en commun, c’est bien, de l’autre on sait que le métro est un énorme nid à bactéries et que c’est l’endroit où on respire le plus mal !
Donc oui, la société évoluera vers le positif, mais quand les hommes y trouveront un intérêt et les lobbys le leur. Pour l’instant, on est encore à un stade archaïque, vous avez Monsanto qui crée des maladies et Bayer qui fabrique les médicaments… C’est le fric qui commande, dans un monde de fausses libertés où l’on sait tous que le politique n’est qu’un prolongement des pouvoirs occultes.

« On ne fait jamais rire avec des choses joyeuses et toutes les comédies reposent sur des drames. »

Dans votre dernier spectacle « Non à l’argent », vous incarnez le rôle d’un homme qui gagne au loto mais renonce à prendre son gain. Dans la vraie vie, vous pourriez refuser ?
C’est tout à fait improbable ! Mon personnage engrange la somme de 162 millions d’euros qu’il refuse, par peur d’être perverti. De là naît tout le comique de situation et une réflexion sur l’argent. Moi, je suis plus solide que lui, j’irais chercher cette somme mais je saurais comment l’utiliser pour qu’elle profite à la société. Ce que j’en ferais exactement ? Je ne sais pas. J’ai 58 ans, mon frigo est plein, ma famille va bien, et il ne s’agirait pas non plus d’en faire cadeau pour qu’il n’y ait plus d’efforts à fournir.

Vous avez passé votre vie à rire et faire rire mais votre discours de citoyen est bien plus sombre que votre personnage des mythiques Inconnus !

Erreur, cher ami, car on ne fait jamais rire avec des choses joyeuses et toutes les comédies reposent sur des drames. Prenez La grande vadrouille, on rit beaucoup, mais dans un contexte d’Occupation. Autre exemple : Tony Curtis et Jack Lemmon, dans Certains l’aiment chaud, sont obligés de se déguiser en femmes musiciennes pour échapper à la mafia et la mort… Dans notre film Les trois frères, on est tous en galère : Didier se fait virer de chez ses beaux-parents, Bernard est un comédien sans succès, moi Pascal je perds mon boulot. Le rire est déclenché parce qu’il y’a un point de vue, une démarche philosophique. Dans mon spectacle Légitimus Incognitus, que je reprends cette année en tournée et la dernière aux Folies Bergères, j’aborde des questions anxiogènes : Daech, en imaginant l’animation d’un Club Med en Syrie, ou l’homosexualité, avec un fils hétéro qui fait son coming out devant ses parents homosexuels. L’humour, c’est juste un paquet cadeau pour emballer les drames qui se jouent dans l’existence.

Recueilli par Julien Claudel

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