Quand le 100% bio à la cantine s’invite dans les municipales

En 2014, Un Plus Bio lançait la campagne « Fais bouger ta cantine !» et invitait les futurs élus municipaux à s’emparer de la question des cantines sur leurs territoires. Soyons honnêtes, nous avions alors l’impression de prêcher dans le désert. Le scrutin de dimanche dernier, même peu fréquenté -et pour cause-, a bouleversé la donne. Analyse.

Du bio et du local pour tous, partout !

Les temps changent, et c’est tant mieux. Depuis à peu près trois mois, en passant en revue les programmes des candidats aux élections municipales, difficile d’échapper à la thématique. Conscients de la forte attente sociale sur leurs territoires, les élus et futurs élus ont quasiment tous intégré un paragraphe sur la restauration collective à leurs programmes. Il faut y voir un effet positif de la loi Egalim, qui fixe de nouvelles recommandations (50% de produits durables dont 20% de bio d’ici à 2022), mais pas seulement. Il apparaît clairement que les politiques publiques de l’alimentation se retrouvent au cœur des préoccupations électorales, au point que de nombreux programmes de candidats visent désormais le 100% bio d’ici la fin de leur futur mandat, en 2026. Alors que les communes servant des repas intégralement bio se comptent à ce jour sur les doigts de deux mains, et plutôt sur des territoires modestes, les candidats de tous bords osent afficher des objectifs de grande ampleur. Même s’il est probable qu’un peu de communication opportuniste se glisse parfois entre les lignes des programmes, il faut saluer l’évolution de ces et remarquer que la compétition politique se mesure désormais aussi à l’aune d’une meilleure alimentation pour tous.

Exemple frappant à Paris, membre du Club des Territoires Un Plus Bio et dont la maire sortante Anne Hidalgo plaide pour l’objectif 100% bio si elle est réélue, en achetant notamment des terres agricoles en Île-de-France pour alimenter en légumes bio les cantines scolaires. Déjà engagée dans un ambitieux travail de fond depuis six ans, la capitale est en passe d’atteindre 50% de bio dans les assiettes et a même dépassé cet objectif dans le réseau des ses 300 crèches. Mais d’autres villes comme de nombreux territoires ruraux sautent le pas, ainsi à Dijon (21), à Grenoble (38), Montpellier (34), membres d’Un Plus Bio, ainsi qu’à Strasbourg (67), Lyon (69), Saint-Brieuc (22), Dôle (39), Maisons-Alfort (94) Dinard (35), Cahors (46), Pont-l’Abbé (29), etc. La majorité des autres listes se montrent presque aussi ambitieuses quoique plus prudentes, avec des objectifs qui oscillent entre 40% et 80% selon les territoires.

Et maintenant, on fait comment ?

Ce brutal élan d’enthousiasme pour une meilleure alimentation en restauration collective est à nos yeux un signe évident de vitalité démocratique. Jamais la question du bio et du durable n’a été aussi partagée. Reste à savoir si de tels objectifs peuvent être atteints. Dans un pays qui, selon le comptage de l’Agence Bio, servait encore seulement 4% de bio dans ses cantines en 2019, le défi du 100% bio n’est pas une mince affaire, surtout dans les territoires métropolitains. Certes, les filières agricoles sont aujourd’hui en ordre de marche pour répondre à la demande de gros voire de très gros volumes, mais de là à imaginer qu’elles soient toutes au rendez-vous du 100% bio dès 2026, il y a un pas. De même, il n’est pas certain que l’organisation complexe des services et des acteurs de la restauration collective, avec ses ramifications techniques autant qu’administratives, puisse assumer aussi vite la transition.

Qui peut le plus peut le moins, voire le mieux

Sans doute faut-il s’engager plus raisonnablement sur des contrats d’objectifs tenables, du moins en terme d’affichage. En commençant par réfléchir à une approche transversale qui considère tous les enjeux alimentaires, au-delà d’un seul pourcentage de bio. Cela demande d’abord d’inscrire solennellement la restauration collective à l’agenda des maires. Beaucoup de villes n’ont pas encore créé de véritable délégation « cantines » au sein de leur conseil. Ce sont souvent les élus des services enfance ou éducation, voire des affaires sociales qui héritent de ces dossiers. Ensuite, il faut aborder dans la cohérence de nombreux sujets en évitant la dispersion : par exemple bien décrypter l’état de l’outil de sa restauration, plancher sur l’ajustement des ressources et des besoins à l’échelle des territoires, impulser des actions fortes sur le foncier, encourager l’installation et les partenariats agricoles, lancer des formations à destination des personnels de cuisine et techniques, créer des commissions ouvertes qui associent les citoyens à la prise de décision, ou encore dialoguer avec tous les acteurs du champ à l’assiette : plate-formes de producteurs, unités de transformation, distributeurs…

On le dit souvent dans le grand réseau des collectivités qu’accompagne Un Plus Bio, le chantier de la qualité alimentaire est tout simplement formidable à mener, en ce qu’il mobilise les énergies positives et réunit des femmes et des hommes autour d’objectifs tout à fait en phase avec les préoccupations écologiques du moment. Ainsi, en mettant l’assiette au cœur du débat public, le scrutin municipal donne un sérieux coup de fouet à l’action des collectivités, et c’est bien cela qui compte. Car à la fin, même si le 100% bio risque de rester coincé dans l’isoloir dans la majorité des cas, on aura tout de même bien avancé !

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