Les initiatives rebelles !

Les cantines prennent de la graine

La protéine végétale, nouvelle star des cantines ? C’est le pari qu’a lancé, bien avant d’autres, Un Plus Bio, en organisant l’opération nationale « Les cantines prennent de la graine ». 

Depuis le 1er novembre 2019, les cantines sont tenues à l’objectif de proposer un repas végétarien par semaine à leurs convives. Si l’obligation légale n’était pas a priori indispensable, la réflexion sur la diversité de nos pratiques alimentaires demeure un vrai sujet.

Le fait de consommer trop de viande issu d’élevages industriels est aujourd’hui au coeur de nombreux travaux de recherche. Cette pratique pose le problème crucial de la ressource en eau et celui, plus aigu encore, de la mobilisation de terres agricoles exclusivement destinées à l’alimentation du bétail (jusqu’à 80% des surfaces cultivées, selon la FAO). On se retrouve ainsi dans une situation paradoxale sur le plan mondial, qui consiste à surproduire des protéines animales de mauvaise qualité, avec des États de plus en plus contraints à mettre en place des politiques de prévention de santé publique orientées vers un rééquilibrage de nos pratiques.

En restauration collective, où le plat carné (viande ou poisson) est resté la règle durant des années, cela se traduit par de nouvelles approches en cuisine, qui favorisent l’introduction de protéines végétales dans les menus. Ce recours à des denrées peu chères et abondantes, essentiellement des céréales et des légumineuses, a le mérite de rééquilibrer l’offre alimentaire, de générer des économies sur le plan financier et de redessiner les paysages agricoles.

La bonne protéine animale, dans ce nouveau paysage, retrouve ses lettres de noblesse : apporter des nutriments de qualité, issus d’élevages locaux en lien avec leur milieu naturel, mieux-disants, travaillant sous signes officiels de qualité tels que l’agriculture biologique.

Les friches rebelles

Manger bio et local, une bonne idée, mais comment faire quand on n’a pas de producteurs locaux ni de terres cultivables disponibles ? Pas de panique, il existe des solutions, innovantes et pratiques.

Et si on défrichait les friches rebelles ?

Autrement dit, si on remettait une partie des terres non cultivées en culture, en utilisant un vivier de disponibilités foncières insoupçonné ? C’est la belle idée née des constats d’un opérateur foncier, la Safer-Occitanie, présidée par Dominique Granier, ancien président de chambre d’agriculture et vigneron bio dans le Gard.

“L’agriculture, ça eût payé, mais ça paye pu !”, disait Fernand Raynaud dans une séquence mémorable. Et cet humour venu du terroir nous revient parfois à l’esprit lors de nos échanges avec différentes collectivités, lesquelles soulèvent régulièrement les difficultés rencontrées pour relocaliser l’alimentation. La faute au manque de producteurs d’un côté et, de l’autre, à une organisation des filières agricoles encore majoritairement tournées vers des circuits longs, donc pas forcément en phase avec les besoins des populations des territoires.

Pourtant, relocaliser peut ne pas être si compliqué. Il existe de nombreuses friches, souvent irrigables, laissées incultes à cause d’une rentabilité trop fragile, de la pression de l’urbanisation et de la spéculation qu’elle engendre, notamment en zone urbaine et péri-urbaine.

Grâce aux partenariats atypiques et forts que nous entretenons avec plusieurs acteurs en Occitanie, nous animons une recherche-action sur les possibilités de mobiliser ces friches pour alimenter les demandes des collectivités tout en assurant une juste rémunération pour les producteurs.

Si le périmètre de notre expérimentation intègre l’ensemble de la région Occitanie (où la Safer évalue à plus de 50 000 hectares le foncier mobilisable immédiatement), nous opérons sur un premier territoire, le département du Gard, sur lequel nous étudions et testons un nouvel outil de contractualisation en plusieurs volets : accès au foncier, planification alimentaire en fonction des attentes du territoire et formalisation de relations commerciales équitables et vertueuses.

Pour mener à bien ce projet, nous animons une cellule d’experts avec la Safer-Occitanie, un laboratoire de recherche sur l’agriculture urbaine de l’INRAE et des membres du Centre d’Études Lascaux sur les Transitions (Celt). Le but :
réunir les approches méthodologiques et les outils de contractualisation et de coopération à mettre en place entre les collectivités, les propriétaires fonciers et les producteurs. Nous associons aussi différentes structures et institutions, notamment nos partenaires financiers, au comité de pilotage.

Autre solution : créer une régie agricole

L’idée est toute simple : une collectivité locale achète ou mobilise une parcelle disponible et y installe son propre agriculteur. Comment ça marche ?

C’est une traduction pratique de l’ajustement des ressources aux besoins, une idée chère au chercheur François Collart-Dutilleul. Une idée neuve en fait, qui fait un joli pied-de-nez aux logiques habituelles de l’offre et de la demande. Dérogeant au principe de la délocalisation des productions, la régie agricole est un outil qui permet de répondre à trois urgences : le manque ou le défaut de production locale (essentiellement en fruits et légumes), la lutte contre le réchauffement climatique (il n’y a pas de circuit plus court entre le lieu de production et celui de la consommation), et le développement économique, social et humain (la régie est un lieu de production mais aussi un formidable support pédagogique).

La régie agricole de Mouans-Sartoux, dans les Alpes-Maritimes.

La ville de Mouans-Sartoux (06), membre fondateur du Club des Territoires Un Plus Bio, est pionnière en la matière. Depuis, elle a été suivie par d’autres membres du réseau : Gonfreville-l’Orcher (76), Cussac Fort-Médoc (33), Ungersheim (68), Lagraulet-du-Gers (32), Grande-Synthe (59), Moussy-le-Neuf (77), Cazouls-les-Béziers (34), etc. Chaque collectivité adaptant son projet à la configuration locale et les résultats sont là, ou en cours : l’approvisionnement bio et local des cantines est renforcé, le tissu économique local profite des retombées indirectes tandis que la population accède progressivement à un éventail de productions plus riche.